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Pourquoi un cours enfants?

 

Pourquoi pas !

Nous partons du postulat que l’aïkido ne vise pas la performance sportive mais la réalisation de soi et donc qu’il doit pouvoir s’adresser (sauf avis médical contraire) à tout le monde : petits ou grands, forts ou faibles, adultes, jeunes ou mûrs, personnes âgées, enfants ou adolescents…

La question est alors de savoir ce que l’aïkido peut apporter à l’individu en général et aux plus jeunes en particulier.

L’aïkido traditionnel est, pour nous, une forme d’éducation de la personne qui tend à développer ses potentialités et qualités intrinsèques afin de favoriser son autonomie. C’est également un apprentissage moral (long et semé d’embûches !) qui permet de nous distancier et, à terme (mais celui-ci est-il jamais atteint ?), nous débarrasser de nos propres pensées querelleuses, nos besoins de contrôler et diriger la vie des gens, nos peurs de ceux que nous ne connaissons pas, nos « à priori » et idées préconçues à leur sujet… C’est une recherche de bien être (équilibration des énergies) et de créativité (parfaite fusion du geste spontané et du contrôle de soi)

Ainsi, comme nous l’indiquons dans notre livre (BEHR H., L’enfant et l’aïkido, éd. Chiron, Paris 2003, p17), l’aïkido peut aider le plus jeune enfant « à structurer et intégrer les informations lui venant de ses perceptions. Il peut l’amener prudemment à vivre le contact avec l’autre ». Il « permet le développement harmonieux de la psychomotricité » du plus grand « qui est encore tout mouvement » et qui peut trouver là « l’occasion de se décharger de son trop plein d’énergie en apprenant progressivement à se maîtriser ».

Certes l’aïkido, loin s’en faut, n’est pas le seul à offrir ces possibilités mais outre le fait qu’il est au centre de notre travail et nourrit (quasi) quotidiennement notre pensée, il présente certains avantages. Tout d’abord, l’enfant sait très vite qu’il n’y a pas de compétition sportive, pas de champion. Il apprend progressivement qu’il n’y pas non plus de meilleurs (pas facile ! je connais beaucoup d’adultes qui…), que chacun suit son chemin avec ses qualités et… ses difficultés. Ensuite, sous le regard bienveillant de son professeur, il peut bientôt (c’est une façon de parler) admettre que, contrairement aux sports de combat, la victoire n’est pas de mettre l’autre par terre ni la « honte » de rouler soi-même sur le sol.

Pourtant l’enfant se mesure aux autres : il prend, pousse, tire, frappe ; il est lui-même saisi, bousculé, « assailli »… Dans cette confrontation il ressent la « combativité » de son « partenaire », s’y adapte grâce à l’apprentissage de « l’attitude juste » ; il reconnaît petit à petit sa propre « agressivité », apprend à la maîtriser ; il rencontre ses frustrations, ses peurs ; il remet en question les images fantasmatiques, bonnes ou mauvaises qu’il a de lui et des autres. Il part donc à la quête de son identité et de sa liberté à travers une relation à l’autre qui n’est ni anodine ni innocente, impliqué dans des situations où cet autre (ou lui-même) pose problème.

Bien sûr les enfants (en fait bien des pratiquants en général) n’abordent pas les arts martiaux avec ces idéaux.

Quelles sont alors leurs motivations ?

Outre qu’ils peuvent être influencés par un parent ou attirés par un copain, il n’est pas rare que les enfants (surtout les garçons) identifient les arts martiaux à travers une série de fantasmes guerriers et de représentations idéales du héros sans peur et sans reproche. Nous ne pouvons faire fi de ces mythes si nous voulons rivaliser à leurs yeux avec les disciplines de combats (karaté, judo, …) qui leur laissent espérer la « gagne ». Au contraire nous nous y appuierons pour aider le jeune à se construire moralement (sens de l’effort, bravoure, loyauté, …) et socialement (respect, entraide, …)

Quels sont plus pratiquement les objectifs des cours pour enfants ?

La préparation d’abord doit amener l’enfant à poser un regard sur lui (arrêter un moment de gesticuler, de « zapper »…), à prendre conscience de son corps (globalement et en ses différents segments, statiquement et en mouvement), de ses « ressentis » (sensations, émotions…), de sa respiration et de la détente physique et mentale que celle-ci induit. L’apprentissage des chutes et des mouvements (du plus simple au plus complexe) dans une ambiance ludique et sécurisante (corporellement et moralement) permet au jeune d’intégrer petit à petit (presque inconsciemment) les bases de la discipline : « shisei » (l’attitude juste), « ma waï » (gestion de l’espace-temps), centration du travail, décentration du partenaire, sens du déséquilibre, anticipation…

Mais attention, l’objectif ultime (mais chacun prend ce qu’il veut ou ce qu’il peut) n’est pas technique ! Nous voulons aider les jeunes pratiquants à développer une personnalité autonome et altruiste (ça ne fait pas très mode, mais nous y croyons…).
Les méthodes de travail feront l’objet d’un prochain article (voir à ce sujet l’ouvrage L’enfant et l’aïkido, op cit.)